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Hante

Door Xavier Kruth

23 september 2021
Je me suis détachée de la pression que l’on a en tant qu’artiste de plaire à un certain type de public, de créer des hits dancefloor.
Le minimal wave, ou le minimal synth si vous préférez, fait fureur. Pensez à Zanias, Selofan, Kaelan Mikla, Lebanon Hanover, NNHMN... Et n'oublions pas les deux projets d'Hélène De Thoury, tous deux parmi les meilleurs du genre : le duo Minuit Machine et son projet solo Hante. Le premier groupe a sorti deux EPs pendant le confinement, le projet solo vient de sortir un nouveau disque : 'Morning Tsunami'. Hélène présentera également ce disque en live le 2 octobre à De Klinker à Aarschot, grâce à l'organisation Into The Dark. Raison suffisante pour avoir une conversation avec De Thoury. 
 
Bonjour Hélène. Nous sommes fort impressionnés par ton nouveau disque de Hante : ‘Morning Tsunami’. Tu annonces ce disque comme ton disque ‘le plus accompli et inspiré à cette date’. En quel sens est-ce une évolution par rapport au reste de ton œuvre ? 
 
Bonjour ! Tout d’abord merci beaucoup ! Il s’est passé quelque chose que je ne saurais expliquer lorsque j’ai composé « Morning Tsunami ». C’était comme si je ne faisais vraiment qu’un avec la musique, qu’elle était une extension de moi et je n’avais jamais ressenti ça à ce point. Je pense qu’avec tout ce qu’il s’est passé l’année dernière, cela a fait resurgir des émotions bien enfouies et créé des nouvelles sensations que j’ai eu besoin d’extérioriser. Il y avait aussi la volonté de ne faire aucun compromis quant au style, à la production, aux visuels. Je me suis détachée de la pression que l’on a en tant qu’artiste de plaire à un certain type de public, de créer des hits dancefloor. Je me suis aussi éloignée de la construction classique « couplets / refrains ». La plupart des tracks sont progressifs et mettent parfois du temps à démarrer. Je savais que cela pouvait être un risque et que les gens accrochent moins ou n’arrivent pas à rentrer dans les tracks. J’ai testé des nouvelles façons de travailler, en utilisant de nouveaux plugins, de nouveaux synthés virtuels. J’ai renouvelé ma gamme de sons. Au final j’ai été récompensée de cette prise de risque car l’accueil a été extraordinaire ! 
 
Tu peux nous donner un mot d’explication quant au titre ‘Morning Tsunami’ ? 
 
Je cherchais un titre très personnel pour accompagner l’album. J’ai assez rapidement pensé au Tsunami car c’est un mot que je trouve à la fois très beau et qui me terrorise. C’est un cauchemar récurrent que je fais. Je suis sur une plage ou dans une ville et une immense vague arrive au loin et il n’y a aucune possibilité d’y échapper. J’y ai associé le mot « Morning » car je fais souvent ce genre de cauchemars quand je me rendors le matin. C’est un moment très particulier, entre deux mondes. C’était déjà un thème très important dans mon album « Between Hope & Danger » : la recherche de ces moments où il est possible de fuir la réalité, qui malheureusement finit toujours par nous rattraper.
 
 
 
Tous les textes sur ‘Morning Tsunami’ sont de ta main. Tu ne ressens plus le besoin de faire appel à d’autres personnes pour l’écriture des textes, comme tu l’avais fait sur ‘Fierce’ ou bien avec ton autre groupe Minuit Machine ? 
 
Je dirais plutôt l’inverse, que le besoin est parfois d’écrire ma propre histoire, de sortir les émotions par les mots aussi. Et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai créé Hante. Lorsque j’ai commencé à composer « FIERCE », cela faisait déjà 2 ans qu’Amandine et moi avions arrêté Minuit Machine. J’avais envie de retrouver cette inertie créative que l’on a lorsque l’on est plusieurs à composer une chanson. C’est pourquoi j’avais invité plusieurs artistes à chanter et écrire des paroles sur l’album. Mais maintenant que l’on a recommencé Minuit Machine, je suis contente de retrouver ce jardin secret qu’est Hante et pourvoir m’exprimer pleinement à travers le projet. 
 
J’aime beaucoup le fait que tu chantes aussi bien en français qu’en anglais. Est-ce quelque chose qui est venu naturellement ou était-ce une idée préconçue ? Comment décides-tu si un texte sera en français ou en anglais ? 
 
Les mots me viennent plus naturellement en anglais bizarrement. J’ai l’impression qu’avec peu de mots, on peut véhiculer une idée très forte. Là où en français, c’est plus compliqué je trouve. Mais cela reste ma langue natale et je ressens le besoin de l’inclure dans mon projet musical car je veux qu’il me ressemble à 100%. Parfois quand j’ai une première idée de paroles qui me vient en français, je saute sur l’occasion et je l’explore jusqu’au bout. 
 
L’album ‘Morning Tsunami’ a été créé en période COVID. Le confinement a-t-il influencé ton travail ? 
 
Bien sûr ! Comme je disais, cette période a fait ressortir beaucoup d’émotions et cela m’a beaucoup inspiré. L’enfermement, le sentiment d’impuissance, la tristesse et la peur dans lequel le monde a été plongé. Mais cela n’a pas été que négatif, j’ai eu une grosse remise en question comme beaucoup de gens et il y a eu forcément un avant et un après dans nos développements personnels. J’ai aussi beaucoup pris le temps d’être inspirée, d’écouter beaucoup de musique et de découvrir des projets qui m’ont énormément influencé dans la composition de l’album comme l’album « Unreleased Tracks » de Kas:st. 
 
Pendant le confinement, tu as aussi sorti deux EPs – ‘Don’t Run From The Fire’ et ‘Basic Needs’ – avec Minuit Machine. Je sens que beaucoup d’artistes n’osent pas sortir de disques pendant le confinement. Pourquoi as-tu décidé de tout de même sortir ces disques pendant cette période ? 
 
Je dirais qu’il y a deux raisons à cela. Tout d’abord, financièrement parlant, il fallait continuer. Il n’était pas question de laisser mourir les projets. Mais en plus, je me suis rendue très rapidement compte, qu’au contraire les gens avaient besoin d’écouter de la nouvelle musique et qu’ils étaient prêts à soutenir les artistes encore plus qu’en temps normal. Alors bien sûr, ne pas pouvoir promouvoir un EP ou un album avec une tournée derrière, ça n’est pas aussi simple. Mais que ce soit pour Minuit Machine ou pour Hante, on a senti un vrai engouement à chaque sortie et ça nous a porté !
 
 
 
Minuit Machine, dans lequel tu es accompagnée de la chanteuse Amandine Stioui, est aussi devenu un groupe culte. N’est-ce pas un peu schizophrène d’avoir deux groupes actifs en même temps ? 
 
C’est parfois un peu compliqué oui ! Mais c’est plus une question d’organisation. Evidemment une organisation de calendrier mais aussi dans la tête, pour ne pas tout confondre et surtout ne pas trop me laisser influencer par un projet ou par l’autre. Je pense être arrivée à bien différencier les univers. À accepter aussi qu’ils pouvaient prendre des chemins différents. C’est pas toujours facile mais j’y travaille ! 
 
Tu as aussi ton propre label Synth Religion, qui sort les disques de Hante et Minuit Machine, mais aussi d’autres artistes comme Fragrance, Marble Slave, The Colder Sea et Box and the Twin. Je vois que tu participes activement aux disques de ces groupes, en faisant la production ou le mastering ou bien même en tant que compositrice. Comment sélectionnes-tu les groupes avec qui tu travailles et qu’est-ce qui définit ton degré d’implication ? 
 
La plupart des artistes que j’ai sorti sur le label sont des amis ou des gens que j’ai rencontré sur la route et avec qui j’ai accroché sur le plan personnel au delà du professionnel. La seule exception est « The Colder Sea » qui m’ont envoyé un email et j’ai eu un coup de coeur musical ! On n’a jamais eu l’occasion de se rencontrer, malheureusement. Le problème que j’ai actuellement est que je n’ai plus trop le temps de travailler pour d’autres artistes. Et plus mes projets grossissent et moins je peux m’investir dans le label. Donc pour le moment, en ce qui concerne la production, je me focalise sur mes deux projets personnels. 
 
Avec toutes ces activités, je suppose que tu dois vivre de ta musique. Y arrives-tu, surtout avec les mois pénibles que nous venons de passer en confinement ? 
 
J’y arrive oui mais péniblement je dois dire ! J’ai extrêmement de chance d’avoir une communauté de passionnés qui me soutiennent et qui ont pris le relais via les ventes de merch quand les concerts ont tous été annulés. C’est pour cela que je ne pouvais pas arrêter de produire. J’espère qu’avec le retour des concerts, cela va aller de mieux en mieux ! Car c’est un cercle vertueux qui est nécessaire : plus tu fais de concerts, plus on te voit, plus on t’écoute, plus on achète ton merch, plus on te fait jouer etc.
 
 

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